Les vaccins sont-ils toujours utiles de nos jours ?
Le vendredi 23 janvier 2004, l'ASBL "Les amis d'André Werpin" a
organisé sa 6e conférence débat tout public. Comme d'habitude,
l'entrée était gratuite.
Le sujet était "Les vaccins sont-ils encore utiles de nos jours?".
Les orateurs étaient Bernard RENTIER, microbiologiste, Professeur Ordinaire à
l'Université de Liège et Vice-Recteur, et Bernard PHILIPPET, Pédiatre,
chef de service au CHR de Huy et médecin à l'ONE. Jean ALARDOT, chirurgien,
Président de la Fondation, a présenté les conférenciers et
modéré le débat.
Le Professeur RENTIER a donné une leçon magistrale sur les grands principes de
la vaccination, sachant vulgariser avec beaucoup de pédagogie et d'humour des notions
souvent très compliquées.
En prenant l'exemple de quelques virus, il a tout d'abord expliqué ce qu'était
l'immunisation (naturelle et artificielle), la réinfection et la réactivation.
L'évolution d'une vaccination se décrit en termes de populations et il existe
une relation inverse constante entre le nombre de gens vaccinés et les cas de maladie.
Aussi longtemps que le virus n'est pas éradiqué ou éteint, on voit
réapparaître des cas de maladie si l'on arrête la vaccination. C'est
ce qui s'est passé récemment avec le virus de la poliomyélite, lorsque
certaines communautés ont refusé le vaccin.
Dans l'historique de la vaccination, on a bien vu l'évolution de ses risques: au temps
où la variole faisait des millions de morts, les pionniers vaccinaient de façon
grossière, avec pas mal d'accidents, même mortels, mais les gens s'y prêtaient
quand même car ils connaissaient les ravages des épidémies. Le principe qu'on
ne fait pas d'omelette sans casser des œufs est toujours d'application, malgré les
énormes progrès de la recherche scientifique. La vaccination aura toujours des effets
indésirés, mais il s'agit de comparer les risques.
La variole est éradiquée, la polio bientôt : en terme de population, c'est un
succès, puisque pour la plupart des virus bien connus, l'efficacité approche les 99%.
Le Professeur RENTIER a montré, toujours en termes de collectivité, qu'une population
était protégée si 95% de ses membres étaient vaccinés, les 5%
d'individu(aliste)s non vaccinés profitant passivement de la bonne volonté de la
majorité. Mais ce n'est valable que si le nombre des refus reste bas.
Or, les gens ne ressentent plus comme avant la nécessité de se faire vacciner ou de
faire vacciner leurs enfants, car ils ne connaissent plus les épidémies, puisqu'elles
ont disparu : la vaccination est victime de son succès !
De là, le terrain favorable pour la propagation de fausses accusations et même - voir
l'internet - des affirmations complètement erronées telles que l'origine non virale
de la grippe.
Le conférencier conclut cette première partie en rappelant l'importance de toujours
comparer les risques, et en affirmant, qu'au nom de la Santé Publique, il convient de
poursuivre les vaccinations.
Avec beaucoup de clarté et en style très concis, le Docteur PHILIPPET va ensuite nous
entretenir de la vaccination chez l'enfant en 2004. Il rappelle que les vaccins sauvent chaque
année 3 millions d'enfants, et 2 millions supplémentaires pourraient l'être
s'ils y avaient accès. Un tableau de l'évolution des vaccins est brossé des
années 20 à nos jours, où l'on groupe "6 vaccins en un". Le calendrier vaccinal
de base est commenté.
Le conférencier détaille ensuite l'efficacité et les effets secondaires de chaque
vaccin. Il insiste tout particulièrement sur la varicelle, qui a une fausse bonne réputation,
et contre laquelle la vaccination n'a pas beaucoup de succès : "actuellement tous les enfants sont
vaccinés aux USA", alors qu'elle est très efficace.
Quelques nouveautés sont présentées et une liste des espoirs dressée : sida,
hépatites C et E, vaccin universel contre la grippe, méningite B, bronchiolite, toxoplasmose
et même la carie dentaire.
Le Docteur PHILIPPET insiste sur l'énergie qu'il faut investir dans la prévention des maladies
infectieuses par la vaccination, toujours plus sélective et moins toxique, par opposition à la
découverte peu probable de nouveaux antibiotiques ou antiviraux.
Les différents intervenants s'accordent sur le fait qu'il n'est pas exagéré de dire que
se faire vacciner ou faire vacciner ses enfants est un acte de civisme.
Des réponses précises seront données à des interventions sur les vaccins
homéopathiques, la varicelle et les risques d'allergie.
La réunion se clôture en laissant l'auditoire sous le charme d'une conférence conjuguant un très haut niveau scientifique et un message accessible à tous.